La Royale
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L'avenir de l'Hôtel de la Marine nous pose une question simple :

voulons nous figer notre patrimoine sous prétexte de le protéger ou sommes-nous capables de lui insuffler une énergie contemporaine ? Voulons-nous le considérer comme une icône intouchable ou y développer des projets qui augmentent l’attractivité et le rayonnement de Paris ?

Nous considérons que la conservation nécessaire et légitime de nos monuments historiques ne doit pas conduire à les mettre sous cloche, à les congeler par frilosité, voire réticence, à l’égard de tout changement. Ce n’est pas aimer, ni sauver un être cher que de l’embaumer.

Il faut au contraire le faire vivre ! Le faire vivre par un projet respectueux de son histoire et de la législation qui garantit son absolue protection. Le sortir d’une torpeur qui le ferme au public et le plonge dans une large méconnaissance.

Par sa localisation et son intérêt patrimonial exceptionnels, l’Hôtel de la Marine peut devenir le symbole d’un pays riche de son histoire et tourné vers l’avenir, capable de conjuguer son formidable héritage patrimonial et sa créativité contemporaine. L’Hôtel de la Marine peut devenir l’étendard des talents et créateurs français : la vitrine de nos artisans d’art et le carrefour effervescent des acteurs du monde de la création.

C’est notre ambition et notre projet : La Royale.

Alexandre Allard

Lire « Nous, héritiers du Garde-meuble » par MARCELLE GUILLET-LUBRANO, Présidente de l’Association des Ateliers des Maîtres d’art et de leurs élèves
et GERARD DESQUAND, Président de l’Association des Grands ateliers de France

Hôtel de la Marine : Osons la rupture. Osons la culture.

Lettre ouverte au Président Giscard d’Estaing

A l'heure où la commission que vous présidez s'apprête à remettre au Président de la République ses recommandations quant au devenir de l'Hôtel de la Marine, votre stature d'ancien chef de l'Etat vous impose d'être à la hauteur de l'enjeu. L'avenir de ce monument de l'histoire de France dépasse la seule place de la Concorde, il portera une vision de l’avenir de la création en France.

Le débat qui a vu le jour ne portait pas sur le diagnostic : l’État-major de la Marine va en effet quitter la place de la Concorde pour rejoindre le « Pentagone à la française » à Balard ; à l’exception des salons d’apparat, l’édifice est à l’abandon quand il n’est pas défiguré dans ses parties non visibles ; il faut trouver une solution innovante qui concilie un immense effort de restauration et le maintien de la propriété de l’Etat ; enfin la « libération » de ce lieu magique est une occasion unique de donner à Paris et à la France un atout de plus dans son rayonnement international.

Passé ces points de consensus, et comme dans les moments les plus passionnés de notre histoire culturelle, deux visions de l’avenir s’affrontent.

Pour les tenants « de ce qui se fait et de ce qui ne se fait pas », l’Hôtel de la Marine ne saurait devenir autre chose que le siège d’une administration prestigieuse ou la nouvelle dépendance d’un musée renommé. A l’heure ou l’on doit se battre pour réduire les déficits, la dépense de plus d’un milliard d'euros en 10 ans pour affecter 20.000 mètres carrés de petits bureaux notamment à la Cour des Comptes et à des administrations, tout en confiant au Louvre les 1.500 mètres carrés du 1er étage ne saurait occulter qu’il s’agit d’une découpe, rompant l’unité et l’histoire de ce lieu prestigieux classé dans son intégralité.

Tout est dit dans ce choix : face à un monde qui change à une vitesse accélérée, il faut que rien ne change au pays du siècle de Louis XIV et de l’aristocratie d’Etat.

Ces dignes héritiers des bien-pensants du XVIIIe siècle ne sont pourtant pas à une contradiction près. Car ce sont les mêmes qui, s’agissant du bâtiment symétrique de l’Hôtel de la Marine sur la place de la Concorde, considèrent que le Crillon est un fleuron de notre industrie hôtelière ou se précipitent dans le bâtiment adjacent à la piscine de l’Automobile Club, avant d’assister entre gens du même monde au fameux dîner du club Le Siècle, où il est de bon ton, estomac posé sur les genoux et certitudes bien ancrées dans les têtes, de dénoncer les risques d’un « barnum commercial » de l'autre côté de la rue Royale.

Nous, signataires de cet appel, en appelons à refuser la fatalité du déclin, qui nous ferait accepter de devenir un pays musée, un pays en dehors des bouleversements du monde, un pays qui abandonne aux autres le leadership culturel, au moment même où celui-ci devient un des moteurs de la croissance mondiale. Bref, un pays vieilli, usé, fatigué…

Même si le projet de La Royale, proposé par Alexandre Allard et Renaud Donnedieu de Vabres, peut soulever quelques questions, il a l’immense mérite par le débat qu'il a suscité de démasquer la suffisance des conservatismes acharnés et de montrer qu’il existe des voies audacieuses pour refaire de Paris la capitale mondiale de la création.

Car ne nous berçons pas d’illusions, avec 5% du marché mondial de l’Art, Paris n’est plus une place qui compte face au dynamisme chinois ou anglo-saxon. Bien sûr, nous pouvons être fiers du rôle de l’Etat dans notre système culturel. Il permet de faire vivre l’exception française mais il ne doit pas la couler dans un modèle rigide qui ne peut qu’étouffer, à coup de subventions ciblées, l’esprit de création et faire triompher son pire ennemi : le conformisme.

Le projet de La Royale, par son caractère foisonnant, différent, parfois transgressif s’inscrit en réalité dans la tradition du lieu et de cet esprit insoumis qui a fait notre puissance culturelle. A l’origine, l’Hôtel de la Marine était le Garde-meuble de la Couronne et la vitrine du savoir-faire français.

Le premier objectif est de renouer avec cette vocation originelle en donnant à nos artisans d’art l’écrin qui leur manque pour s’imposer sur le marché mondial par des créations d’exception. L’ambition n’est pas qu’ils suscitent une belle nostalgie , mais que leurs activités emblématiques soient soutenues par des commandes effectives de tous ceux qui habiteront ce cœur vivant de Paris et n’y seront pas de simples visiteurs furtifs .

En rassemblant aussi dans un même lieu des peintres, des plasticiens, des cinéastes, des musiciens, des stylistes, des grands chefs, des mécènes, des galeristes, des amateurs d’art et des découvreurs de talents venus du monde entier, le projet organise les conditions de ces rencontres improbables, de ces croisements féconds, qui sont autant de chocs, bien souvent à l’origine de la création.

La Royale rompt enfin avec l’illusion que création et financement seraient, par essence, étrangers l’un à l’autre. L'affirmer dans un pays comme le nôtre est peut être maladroit mais c'est le prix du refus de l'hypocrisie.

L’Hôtel de la Marine accueillera des jeunes artistes en devenir qui pourront vivre dans cette Villa Médicis du XXIe siècle. Certains mécènes pourront également y résider, finançant ainsi l’accueil de ces artistes, ainsi que la promotion des métiers d’art. Ce mélange de valorisation de notre tradition française et d’audace créatrice nous permettra de retrouver notre capacité à étonner le monde. L’amateur d’art américain, revenu de tout, comme le chinois qui s’éveille à l’art contemporain, auront les yeux rivés vers Paris… à nouveau lieu unique de tradition et d’avant-garde.

Lieu de vie ouvert et effervescent, pépinière d’évènements culturels prestigieux, bourse de projets artistiques où nouveaux talents et mécènes exigeants discuteront et décideront ensemble de belles aventures, tel est le défi qu’il faut savoir relever pour être au niveau du prestige français ! Vivre, séjourner, travailler, échanger, rencontrer, autant de chances qui s’offriront concrètement et créeront activités et richesses à une échelle bien différente d’une aile de musée…

En lançant cet appel, nous entendons défendre l’avenir d’un monument magnifique. Mais nous lançons aussi un appel à l’audace, à la foi en notre avenir dans un monde où toutes les certitudes, toutes les hiérarchies sont bouleversées.

La marque « France » est le pilier de toute notre industrie. Ses racines se nourrissent du terroir fertile où les créateurs du monde entier se donnent rendez-vous depuis des siècles pour engendrer la magie que tous les autres pays nous envient.

Soyons fidèle à notre histoire : osons l’innovation !

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Les signataires

Isabelle Adjani (actrice), Agnes B (créatrice de mode), Georges Alloro (maître d'art, facteur d’instruments nouveaux), Serge Amoruso (maître d'art, maroquinier designer), André (artiste), Yann Arthus-Bertrand (photographe), France Aubert (peintre), Jean-Louis Aubert (chanteur), Ayo (chanteuse), Laurent Baffie (humoriste), Marc Barani (architecte), Samantha Barroero (directrice artistique de la Brownstone Foundation), Marie-Claude Beaud (directeur du Nouveau Musée National de Monaco), Yves Benoît (maître d'art, gaufreur, imprimeur et façonneur de velours), Amel Bent (chanteuse), Carole Benzaken (artiste), Pierre Bergé (président de fondation et collectionneur), Charles Berling (acteur et metteur en scène), Alexandre de Bétak (producteur et directeur artistique), Chris Blackwell (producteur de musique), Renato Boaretto (maître d'art, créateur d’automates), Myriam Boisaubert (poétesse), Pierre Bonnefille (maître d'art, créateur de couleurs et matières), Christian Bonnet (maître d'art, écailliste), Fanny Boucher (héliograveur), Carole Bouquet (actrice), Louise Bourgoin (comédienne), Emmanuel de Brantes (galeriste), Pascal Bruckner, écrivain (essayiste), Eric Brunet (journaliste et essayiste), Daniel Buren (artiste), Alain Buyse (maître d'art, sérigraphe), Jean-Charles de Castelbajac (créateur de mode), Lison de Caunes (maître d'art, marqueteur de paille), Pierre Charial (maître d'art, noteur), Hervé Chayette (président du Syndicat national des maisons de vente (SYMEV)), Eric Colmet-Daage (directeur de la rédaction du magazine Photo), Agnès Comar (architecte), Elie Chouraqui (réalisateur), Pierre Cornette de Saint Cyr (commissaire-priseur), Anne-Lise Courchay (relieur parcheminier), Jean-Pascal Curnier (poète, écrivain), Enrico Dagnino (grand reporter), Etienne Daho (chanteur), Dani (chanteuse), Roland Daraspe (maître d'art, orfèvre), Josée Dayan (réalisatrice), Nathalie Delon (actrice et metteur en scène), Julie Depardieu (actrice), Sylvie Deschamps (maître d'art, brodeuse main), Gérard Desquand (graveur héraldiste, Président de l'Association des Grands Ateliers de France), Christian Thierry Drevelle (ébéniste designer), Thierry Dreyfus (scénographe de la lumière et photographe), Stephane Eicher (chanteur et compositeur), Alber Elbaz (créateur de mode), etc... Isabelle Emmerique (maître d'art, laqueur), Simon-Pierre Etienne (Ébéniste, restaurateur en meubles et objets d'art), Jan Fabre (artiste), Marianne Faithfull (chanteuse), Jean Feldman (artiste), François Fontès (architecte), Jean-François Fourtou (artiste), Nereo Friso (styliste), Pierre Gagnaire (chef cuisinier), Olivier Gagnère (designer), Gérard Garouste (artiste), Manuelle Gautrand (architecte), Marie-Agnès Gillot (danseuse étoile), Agnès de Gouvion Saint-Cyr (Inspecteur général pour la photographie), Jacques Grange (décorateur), Mylène Guermont (artiste, ingénieur), Daniel et Florence Guerlain (présidents de fondation), Stéphane Guilbaud (maître d'art, lithographe), Marcelle Guillet (parurier floral, Présidente de l'Association des Ateliers des Maîtres d'Art et de leurs Elèves), Armand Hadida (directeur artistique de L'éclaireur), Johnny Hallyday (chanteur), Pierre Hermé (pâtissier), Michel Heurtault (créateur et restaurateur de parapluies et ombrelles), Françoise Hoffmann (maître d'art, artiste feutrière textile), Anne Hoguet (maître d'art, éventailliste), Dominique Issermann (photographe), Ora Ito (designer), Jean-Michel Jarre (musicien, compositeur), Marcello Joulia (architecte), Rabih Kayrouz (couturier), Takada Kenzo (couturier), Yann Kersalé (plasticien), Olivier de Kersauson (navigateur), Michel Klein (créateur de mode), Aki Kuroda (artiste), Loulou de La Falaise (créatrice de mode), Christian Lacroix (créateur de mode), Christophe Lambert (acteur), Joël Laplane (maître d'art, luthier en guitares), Marc Lavoine (chanteur), Sarah Lavoine (architecte d'intérieur), Samuel Le Bihan (acteur), Gwénola Le Masson (restauratrice de mobilier et objets peints), Seulgi Lee (artiste), François Lesage (brodeur), Christian Liaigre (décorateur), Fanny Liautard (créateur couturier), Florence Maeght (collectionneuse), Yoyo Maeght (directrice des éditions Maeght), Marie Maillard (artiste), Sophie Marceau (actrice), Nicolas Marischael (orfèvre), Guillaume Martel et Manuela Paul-Cavallier (encadreurs contemporains, créateurs de matières d’or), Raphaël Mezrahi (humoriste et acteur), Wladimir Mitrofanoff (président honoraire de l'Académie d'architecture), Philippe Monnet (navigateur), Chloe Mons (chanteuse et actrice), Marie-Ange Moulonguet (directrice de l'Espace culturel Louis Vuitton), Sandra Mulliez (collectionneuse), Vik Muniz (artiste), Youssef Nabil (artiste), Enrico Navarra (galeriste), Catherine Nicolas (laqueur), Yannick Noah (chanteur), Jean Nouvel (architecte, Grand Prix national de l'architecture, Prix Pritzker), Nathalie Obadia (galeriste), Christine Orban (écrivain), Jean-Michel Othoniel (artiste), Rick Owens (créateur de mode), Florent Pagny (chanteur), Claude Parent (architecte, Grand Prix national de l'architecture), Anne Parillaud (actrice), Philippe Pasqua (artiste), Philippe Perrin (artiste), Dominique Perrault (architecte, Grand Prix national de l'architecture), Emmanuel Perrotin (galeriste), Michel Petit (maître d'art, maître verrier), Benoit Poelvoorde (acteur), Ghislaine Portalis (artiste), Hervé Poulain (commissaire-priseur), Arne Quinze (artiste), Raphael (chanteur), Philippe Rault (maître d'art, facteur de cuivres et percussions), Jean-Pierre Raynaud (artiste), Pierre Reverdy (maître d'art, coutelier d’art), Rudy Ricciotti (architecte, Grand Prix national de l'architecture), Muriel Robin (humoriste), Patrick Robin (maître d'art, luthier), David Rochline (chanteur, comédien), Thaddaeus Ropac (galeriste), Nicolas Salagnac (graveur médailleur), Frédéric Salat-Baroux (avocat), Anne-Marie Sargueil (présidente de l'Institut français du design), Christiane Schmückle-Mollard (architecte en chef des monuments historiques), Antoine Schneck (photographe), Jacques Seguéla (publicitaire), Patrick Seguin (galeriste), Jean-Luc Seigneur (graveur de gaufrages), Alain Senderens (chef cuisinier), Francis Soler (architecte, Grand Prix national de l'architecture), Jean-Christophe Spinosi (chef d'orchestre), Philippe Starck (designer), Amanda Sthers (auteur de chanson), Paul-Loup Sulitzer (écrivain), Said Taghmaoui (acteur), Daniel Templon (galeriste), Mélanie Thierry (actrice), Barthélémy Toguo (artiste), Gerard Traquandi (peintre), Ed Tuttle (designer), Giambattista Valli (styliste), Dries Van Noten (couturier), Marc Van Peteghem (architecte naval), Joanna Vasconcelos (artiste), Xavier Veilhan (sculpteur), Bernar Venet (artiste), Fabien Verschaere (artiste), Vuk Vidor (artiste), Jacques Vieille (sculpteur), Jacky Vignon (créateur de coffrets), Jean-Baptiste Viot (horloger), Reinhard von Nagel (maître d'art – facteur de clavecins, ancien président de l'association des Grands ateliers de France), Gad Weil (créateur d'art de rue), Olivier Widmaier-Picasso (collectionneur), Patrick Zelnik (producteur), Elsa Zylberstein (actrice)

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